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FANTAISIE
Poème extrait de Odelettes (1832-1835)
Gérard de Nerval
Plan
de commentaire composé
Plan détaillé :
I
Un poème musical
a
commentaire du titre
b allusions musicales
c musicalité du vers
II
Lévocation du passé
a imagerie romantique
b un tableau naïf
c la tentation du récit
III
Imagination ou souvenir ?
a correspondances sensorielles
b un voyage immobile
c Du doute à la certitude : métempsycose
Introduction
:
Extrait du recueil des Odelettes, publié en 1835, Fantaisie
traduit un sentiment nostalgique qui appartient au goût romantique
tout en le dépassant. Gérard de Nerval y confie sa
certitude davoir vécu en dautres temps, et les
réminiscences de cette vie antérieure le conduisent
à peindre une hallucination sensorielle dont on ne saurait
dire sil faut la comprendre littéralement ou comme
simple métaphore dune passion romantique pour des temps
plus chevaleresques. Nous montrerons que Nerval entretient le doute
sur cette interprétation jusquau bout : la musique
joue ici un rôle déterminant puisque cest elle
qui provoque lévocation du passé développée
dans le second mouvement du poème. Nous étudierons
pour finir comment seffectue la transition entre perceptions
et souvenirs, notamment pour remarquer que Nerval tend à
brouiller toute distinction entre ces deux champs de la conscience.
I
Fantaisie place la musique au centre du poème, où
elle apparaît à la fois comme thème et comme
principe décriture.
A
- Le choix même du titre nous éclaire sur les intentions
de lauteur. En musique, le terme fantaisie désigne
une courte pièce de forme libre. Bach sest illustré
dans ce genre quaffectionnent plus tard les Romantiques parce
quil privilégie liberté de composition et imagination.
Cest un genre mineur, peu susceptible de produire une oeuvre
de vaste ampleur, mais plutôt de ces air[s] que
Nerval évoque dès le début du poème
de façon énigmatique. Demblée, Nerval
clame une originalité : aux voix imposantes de Rossini, de
Mozart et de Weber, il préfère une simple mélodie
(le mot air désignant un thème musical
considéré en dehors de tout accompagnement), à
la fois désuet, très vieux, languissant et funèbre
et secret : larticle indéfini, un air et
la reprise périphrastique au vers 3 miment la solitude du
sujet dont les sentiments sont a priori incommunicables. Lalliance
du pronom tonique et de ladjectif, pour moi seul(v.4),
comme ladjectif secret mettent sur le même
plan le caractère unique de cet air inconnu et lintimité
du sujet qui tente de nous faire partager les secrets de son âme.
Cet air, cest un peu le poète lui-même, dès
lors investi des caractères languissant et funèbre
de la musique.
B
- Cette communication entre le sujet et la musique sopère
grâce à lemploi du terme charmes
(v.4). Etymologiquement, le charme (du latin carmen) est un chant
incantatoire, qui subjugue le chanteur et lui permet daccéder
à une transe magique ou religieuse. Lemploi du pluriel
conserve intacte la double interprétation : attraits et magie
dune musique qui agit sur le poète chaque fois
qu[il] vient à lentendre (v.5) Il est saisi
malgré lui, le verbe entendre nindiquant
quune participation réduite du sujet (par opposition
au verbe écouter). Cet air semble simposer
de lui-même, comme le suggère la tournure impersonnelle
Il est un air
. Il est antérieur à
tout choix conscient, et sa présence est mise en valeur par
opposition au peu de cas fait doeuvres majeures. Il leur est
donné une importance hyperbolique par lanaphore de
ladjectif indéfini Tout Rossini, tout Mozart
et tout Weber; pourtant cette importance ne fait que souligner
la puissance de lair magique.
C
- Sa puissance détermine en fait jusquà
la forme du poème dont la musicalité est particulièrement
travaillée. La diversité des rimes (8 sonorités
différentes) participe ainsi de la fantaisie
annoncée. Des rimes internes, assonantes et allitératives,
sont aménagées. Le son [i] de qui dans
le premier vers, se retrouve deux fois dans Rossini
puis dans languissant (v.3) et dans Qui
(v.4), sous laccent. De même, le son [s] de languissant
se retrouve-t-il en écho au vers suivant dans seul.
Même phénomène au vers 6 avec les allitérations
du son [d] et lassonance en [an] : De deux cents ans
,
au vers 11 avec lallitération en [t] ou encore au dernier
vers avec le jeu subtil des consonnes sonores [d] , [j], [v] : Jai
déjà vue
et dont je me souviens!. Rythmiquement,
le poème semble régi par le schéma imposé
au vers deux qui simpose donc comme un motif récurrent.
Laccent définit un mouvement ternaire (4 syllabes /3
/3) présent à lidentique aux vers 3, 4, 7, 11
et 13 et récurrent dans lensemble du poème.
On interprète traditionnellement le rythme ternaire comme
lexpression privilégiée du lyrisme, ce qui convient
bien à ce poème dans les deux sens du mot lyrisme
: compris à la fois comme chant et comme expression intime
des sentiments. Les vers 4 et 15 nobéissent pas à
cette règle (4 accents). Ils attirent notre attention sur
deux vers-clefs du passage de limagination au souvenir, comme
nous le verrons plus loin. Enfin, les quatre quatrains de vers décasyllabes
composent une petite ode, ou odelette, forme qui appartient traditionnellement
à la poésie médievale et qui se conçoit
à lorigine comme texte chanté : le choix de
cette forme poétique traduit donc lalliance de la musique
et de la célébration des temps anciens, alliance dont
on voit quelle résume bien la thématique générale
poème.
[...]
P.S.
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