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Motiver
les élèves en latin (Lycée)
Le
latin, une langue morte? Pas du tout. Certes, je me rappelle les
longues heures passées à traduire la poésie
subtile de Virgile, ce corps à corps avec la beauté
se solvant malheureusement par des après-midis laborieux
dans le Gaffiot. Tant de lourdeur sur tant de grâce ! Mais
j'adorais, j'adore et adorererai toujours ces jours de silence.
Suis-je une exception ? Non, mais avouons-le sans honte : les latinistes
de coeur ne sont plus légion.
Je
me retrouve chez nombre de mes élèves. Il y aura toujours
des passionnés de latin, jeux vidéos ou pas, "génération
zapping" ou pas, la lenteur aura toujours ses adeptes. Et les
autres ? Voici comment je tente de les intéresser, de les
retenir, de les convaincre par le moyen le plus rébarbatif
qui puisse être au premier abord, j'ai nommé le
thème latin.
Le
principe consiste à encourager l'expression personnelle et
la créativité dans un cours dont elles semblent exclues
par définition. Voici donc pêle-mêle des activités
que j'ai conduites avec mes élèves (et avec succès)
en classe de latin. Accrochez vos ceintures !
- Présenter
une page de la Vie des douze Césars à la manière
d'un article de magazine à sensation.
- Composer
une lettre d'amour (Merci Pline. merci Ovide,)
- Rédiger
une brochure touristique sur un site de Rome ou sur une province
romaine (La Guerre des Gaules est une mine stylistique !)
- Concocter
une recette de cuisine à l'aide des seuls ingrédients
disponibles dans l'Antiquité - un cours de civilisation plus
complet qu'il y paraît.
- Rapporter
l'assassinat de Jules César en style journalistique. Présenter
la chose devant la classe à la manière d'un flash
d'information au journal télévisé, fou rire
guaranti !
- Traduire
en latin une page d'un magazine actuel - la nécessité
de créer des "néologismes" en chaîne
tout en respectant le génie de la langue fait tout l'intérêt
de l'exercice.
- A
la manière de Théophile Gautier ou d'Edgar Allan Poe,
écrire - en français, exceptionnellement - Le pied
de momie ou Petite conversation avec une momie à
partir de la civilisation latine... je propose toujours "Petite
conversation avec un pied de statue"(?!). Ensuite, lorsque
les nouvelles sont écrites, je donne Aria Marcella
à lire.
- Aux
plus courageux, je propose le projet à long terme d'un journal
intime en latin. Nous lisons des extraits des Tablettes de buis
d'Apronenia Avitia traduites par Pascal Quignard.
- Raconter
un événement de l'histoire moderne en se demandant
comment Tacite l'aurait présenté.
- Rédiger
puis déclamer un discours à la manière de Cicéron
(un grand classique, je sais, ce type d'exercice a été
abandonné dans les années 60, mais que voulez-vous
? l'innovation rétrograde).
Inutile
de préciser que ces exercices demandent beaucoup d'énergie.
S'ils favorisent la créativité et la réflexion,
ils ne permettent pas beaucoup d'autonomie, mais c'est là
leur moindre défaut en regard du résultat. Les élèves
travaillent en groupe, je les assiste, allant d'un groupe à
l'autre. Bien souvent, nos projets sont encore à l'état
d'ébauche lorsque nous les abandonnons pour passer à
autre chose. Très fréquemment, nous mettons tôt
en commun les différentes réussites afin de produire
un seul texte, fruit du travail de chacun. J'estime d'ailleurs que
l'intérêt ne réside pas tant dans le produit
fini que dans la démarche. Les recherches préliminaires,
à la fois stylistiques, lexicales et historiques sont très
exigeantes et fort bénéfiques. Les élèves
les font d'autant plus volontiers qu'elles leur apparaissent comme
un moyen de s'exprimer personnellement. Ils abattent une masse de
travail incroyable sans même s'en rendre compte. Ils s'approprient
avec aisance des informations qu'ils trouveraient ennuyeuses si
je les leur avais fournies de manière systématique
en cours de grammaire ou de civilisation latine. Finalement, certains
projets parviennent à un degré de maturité
tel que j'en suis moi-même surprise.
"Perte
de temps", diront certains, "tiré par les cheveux"
obecteront d'autres, "Absurde !" s'écrieront la
plupart. Peut-être. Et pourtant, je ne peux pas m'empêcher
de penser que cette approche est efficace quand je vois l'enthousiasme
dont font preuve les élèves les plus immédiatement
réfractaires au latin, ceux qui vous ont avoué en
début d'année : "Ma mère me force à prendre
le latin" mais qui vous arrêtent dans les couloirs un
mois après pour que vous leur recommandiez d'urgence un passage
dans Ovide ou dans Tite-Live "Vous savez, Madame... c'est pour
mon article..."
M.-L.
Jonquier
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