telemaque.net

Récits, contes et nouvelles : deux sujets de dissertation au Baccalauréat International.

CORPUS :

Mérimée : La Vénus d'Ille, Lokis, Vision de Charles XI
Maupassant : Le Horla (1 & 2), La Peur, Le Loup, Lettre d'un fou, Auprès d'un mort
Gogol : Le nez, Le portrait, Le manteau

::::::::: // ::::::::::

Sujet: Selon vous, les oeuvres de cette partie du programme mettent-elles plus d'accent sur l'individu ou sur la société ? Discutez en vous appuyant sur vos lectures.

INTRO.

L'auteur dont l'oeuvre entend refléter la société a le choix du point de vue : il peut parler de son temps en terme de générations inscrites dans un contexte général ou adopter la perspective d'une histoire individuelle, plus psychologique que sociale. Ces deux points de vue s'alternent et se complètent en vérité dans de grands romans tels Le Père Goriot de Balzac ou l'Education sentimentale de Flaubert, mais le choix se fait plus critique dans le cadre du récit bref où il est nécessaire de choisir. Dès lors, les nouvelles fantastiques de Mérimée, Gogol et Maupassant peuvent nous aider à illustrer l'intuition suivante : le récit bref s'intéresse d'abord à l'individu. Après l'avoir montré dans les textes que nous avons étudiés en classe, nous tenterons d'expliquer les raisons de ce choix chez les auteurs de récits brefs. Pour finir, nous emettrons l'hypothèse qu'il n'exclut pas entièrement le discours sur la société.

I
Les contes et nouvelles de Mérimée, Gogol et Maupassant adoptent en général le point de vue unique d'un individu.
Le narrateur de La Vénus d'Ille ou de Lokis est un chercheur, un homme cultivé dont la conscience nous guide à travers des faits troublants. Il réagit personnellement face aux milieux qu'il décrit, qu'il s'agisse de bourgeoisie provinciale ou de la vieille aristocratie d'Europe de l'Est. Son récit est peut-être une lettre, sans doute un journal avant d'être une nouvelle et le propos, s'il est tourné vers un interlocuteur qui pourrait être vous et moi, n'est jamais si impersonnel et généralisant qu'il permette l'exposé objectif d'une situation sociale. Dans la Vénus d'Ille par exemple, c'est le sarcasme du Parisien à l'égard du provincial Peyrehorade, non la description exacte des notables dans la France du XIXème siècle. Le regard plein de mépris sur la victime de l'étrange meurtre impliquant une statue antique s'explique par le snobisme du narrateur, peut-être par un soupçon de jalousie à l'égard du rustre marié à Mlle de Puygarrig. Ainsi s'exprime l'individu dans les nouvelles de Mérimée.
Maupassant pousse cet intérêt à l'égard de l'individu bien plus loin. Ses textes résonnent comme des confessions de proche à proche et consistent souvent en lettres à un ami. Il goûte fort le journal intime où la conscience individuelle devient à elle-même son seul interlocuteur. Le Horla est un exemple frappant de ce repli du discours sur les tourments psychologiques d'un individu dont les troubles sont méthodiquement retracés. L'hésitation fantastique permet de considérer le narrateur du Horla comme un cas de pathologie psychanalytique. On lit donc le journal d'un fou - pour rappeler le titre d'une autre nouvelle fantastique de Maupassant - et ce journal ne saurait en rien parler au nom d'un groupe, encore moins d'un groupe représentatif d'une réalité sociale particulière.
Nicolas Gogol, dans ses Nouvelles de Petersbourg présente une troisième approche. On ne peut pas soutenir que la réalité sociale est absente de son propos… c'est même tout le contraire. De plus, il multiplie à volonté les points de vue, entre celui du barbier Ivan Iakovlévitch, celui du "Major" assesseur des collèges Kovaliov ou encore celui du Petersbourgeois moyen dans Le Nez, on passe avec désinvolture d'une conscience à l'autre, ce qui se retrouve largement dans Le Portrait. On notera cependant que le personnage principal demeure un individu fortement caractérisé : Kovaliov ou le peintre Tchartchkov dominent le récit et leur vision du monde finit par l'emporter sur les multiples facettes de la société convoquées par Gogol dans son recueil. Epris de discours social, Gogol n'en demeure pas moins prisonnier d'une contrainte liée au genre qu'il pratique : la nouvelle peine à mettre l'accent sur la société plutôt que sur l'individu.

II - Raisons de cet accent mis sur l'individu.
Cf. dernier devoir: nécessité de faire court, dramatique ; sujet extraordinaire par définition ; volonté de permettre l'identification au narrateur.


III - Nuance de la thèse


A - Le cas de Gogol : un vrai discours sur la société, malgré l'apparence du discours fantastique --- voir la satire des hiérarchies dans Le Nez, la géographie des quartiers populaires (La Kolomna) ou la satire de la noblesse dans Le Portrait. Après tout, les N.P. ont toutes en commun la ville de St. Petersbourg. Avant de s'intéresser à un individu en particulier, Gogol a élu sa ville pour personnage principal.

B - Rares sont les ouvrages qui peuvent prendre la foule pour objet et acteur du drame. Le roman y parvient parfois, jamais la nouvelle, pour les raisons qu'on vient de voir. La grande réussite de Flaubert est sans doute d'être parvenu dans L'Education sentimentale ou dans Salammbô à mettre en scène de façon crédible des événements menés par un groupe (les mercenaires au banquet d'Hamilcar ou les insurgés de 1852). Ne voulait-il pas faire "l'histoire sentimentale de [sa] génération"?

C- Des nouvelles "hypertrophiées". La nouvelle d'un temps ou les récits brefs étaient longs. La distinction générique entre roman et nouvelle est peu sensible pour le lecteur moderne lorsqu'il se penche sur les récits du XVIIIème et du XIXème siècle. Les récits y ont l'allure de petits romans, et n'évolueront vers la forme que nous connaissons que sous l'impulsion d'auteurs comme Maupassant qui concentre véritablement l'action. Si Gogol ou même Mérimée ont encore le loisir de rendre des arrière-plans, souvent sociaux, la nouvelle tend de plus en plus à en faire l'économie, par souci d'efficacité.


CONCLUSION
Par définition, la nouvelle ne peut que difficilement mettre l'accent sur la société. C'est même une contrainte plus générale de l'écriture que de devoir concentrer le discours sur un élément distinct, souvent exemplaire d'une réalité plus vaste, il est vrai. Le cas particulier du conte fantastique ne fait que renforcer cette contrainte esthétique. S'ils disent quelque chose de la société, Mérimée ou Maupassant ont d'abord pour préoccupation la mise en scène crédible et donc inquiétante de certaines croyances dans le surnaturel. L'extraordinaire seul semble les intéresser dans le choix de leur sujet. Gogol seul semble poursuivre un but qui privilégierait la vision de la société à travers le miroir déformant (ou grossissant) du fantastique.

::::::::: // ::::::::::


Sujet: L'humour constitue-t-il un élément important dans les textes que vous avez étufiés?

Plan détaillé :

I - Le texte fantastique est dénué d'humour

a - Les effets recherchés par le récit fantastique : angoisse, inquiétude à travers l'identification au personnage, questionnement de la pensée rationnelle, déstabilisation du lecteur qui doit émettre ses propres hypothèses et tirer ses propres conclusions.

b- Qu'est-ce que l'humour ? - une distance critique. L'humour vu comme capacité à se tenir en retrait pour rire de soi et des autres. Quelques exemples: de l'ironie voltairienne (le concept "d'humour" paraît en France à la fin du XVIIIème siècle) à l'absurde chez Ionesco.

c- Le texte fantastique est efficace à condition de représenter une agression, c'est à dire que le lecteur ne doit jamais pouvoir se mettre à distance des faits qu'on lui présente. Tout récit fantastique cherche à créer une atmosphère et une tension qui doivent rendre impossible tout examen critique. Dès lors que les faits sont envisagés à distance, ils perdent leur pouvoir de conviction, d'où le choix d'une forme brève, le récit, la nouvelle ou le conte, pour la présentation des thèmes fantastiques.


II - Eviter d'être risible à tout prix : stratégie du conte fantastique
On étudie les divers éléments visant à désamrorcer le rire dans le conte fantastique.

a - Le thème de Lokis prête à rire. Comment Mérimée s'y prend-il pour éviter ce piège?

b - Suspense, angoisse et terreurs : voir la peur telle qu'elle est définie par Maupassant. les exemples dans son oeuvre (La peur ; Sur l'eau)

c - Thèses scientifiques et fantastique : la caution intellectuelle de l'expert (docteurs, juges, prêtres, hommes de science, universitaires). Le point de vue est résolument dénué d'humour

III - Le cas particulier de Gogol

a - L'humour dans Le Nez et Le Portrait : exemples tirés des textes.

b - L'humour au service du fantastique. C'est la situation humoristique, absurde décrite au début du Nez qui consitue le "fantastique" dans la nouvelle de Gogol.

c - L'humour au service de la satire ; administrations, hiérarchies, vanités, prétentions à la dignité ou à la logique sont tournées en dérision (cf. aussi Le Révizor, pièce du même Gogol)
En ce sens, les textes fantastiques de Gogol tendent à échapper aux lois du genre.

P.S.

::::::::: // ::::::::::

Un problème ? des questions techniques ? Contactez notre Webmestre :
Télémaque.net