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Présentation
du programme de littérature au Baccalauréat International.
PRESENTATION
| COMMENTAIRES |
Voir
aussi / See Also:
FRENCH A CURRICULUM GRADE
9 & 10
FRENCH B CURRICULUM GRADE
9 & 10
Proposé par près de 1200 écoles
représentant 101 pays, le
baccalauréat international créé en 1968 par
l'O.B.I. a pour défi l'instauration d'une référence
commune en matière d'éducation et d'évaluation
des savoirs.
Sa
philosophie didactique est clairement indiquée par une nomenclature
où les différents sujets d'études sont répartis
en six groupes disciplinaires interconnectés comme le sont
les angles d'un hexagone.
La formation de l'élève s'inscrit dans un continuum,
pensé comme un système articulant trois programmes:
Primary Years Program - Middle Years Program [Grades 6 thru 10]-
Diploma Program [Grade 11 and 12 / Première et Terminale]
(voir le site de l'Organisation
du Baccalauréat International (en anglais et en français).
L'idée
force qui émane de cette nomenclature est la nécessité
de la communication : communication interdisciplinaire, internationale
et "interne", puisque les enseignants de lycée
se voient dans l'obligation de collaborer avec les enseignants de
collège et de primaire afin d'inscrire leur travail dans
un ensemble cohérent. Le regroupement des matières
par grands ensembles (Langue A1 - Langues A2, B, Ab Initio- Individus
et sociétés - Sciences expérimentales - Mathématiques
- Arts et options) contribue à décloisonner les spécialités.
Il s'agit de parvenir à une définition du savoir qui
puisse s'adapter à des cultures diverses.
Il
m'a semblé intéressant d'examiner comment cette volonté
se traduit dans un domaine spécialisé par nature :
la littérature française. Pour ce faire, je commencerai
par présenter les grandes lignes des instructions officielles
concernant l'enseignement de la littérature. En second lieu,
je commenterai ces instructions au regard de l'approche "internationale"
du baccalauréat.
I
- Présentation du programme
I
- 1 - CADRE STRUCTUREL - Le français comme langue maternelle
fait partie du premier groupe de disciplines (Langue A1). La préparation
du diplome proprement dit se fait en deux ans, mais les années
précédentes doivent être regardées comme
le moment d'acquisition des savoirs méthodologiques et culturels
indispensables à la gestion de l'examen. Les candidats peuvent
s'inscrire à ce cours soit au niveau moyen (appelé
aussi otion moyenne OM / NM) soit au niveau supérieur (option
forte OF / NS). L'enseignement se concentre en Première et
Terminale sur l'étude d'oeuvres complètes réparties
en quatre groupes :
I
- 2 - GROUPES D'OEUVRES
1
- Littérature mondiale : oeuvres écrites à
l'origine dans une langue autre que le français. Les oeuvres
sont lues en traduction. Elles sont choisies à l'intérieur
d'une vaste liste d'oeuvres prescrites par l'IBO. Les oeuvres choisies
doivent présenter des points communs : genre, structure,
thèmes, pays ou langue par exemple.
2
- Etude détaillée : tirées de la liste
officielle des textes en langue A1, les oeuvres choisies font l'objet
d'une étude systématique en classe.
3
- Approche générique : toutes les oeuvres étudiées
dans ce groupe doivent apartenir au même genre littéraire,
au choix, le roman, le récit bref, la poésie, le théâtre
ou l'essai.
4
- Choix libre de l'établissement : les oeuvres retenues
peuvent ne pas appartenir aux listes officielles (Langue A1 et Littérature
mondiale). L'angle d'étude est libre. Il est recommandé
d'en définir un par égard pour la cohérence
du cours.
Au
total, ce sont 11 oeuvres étudiées en Option Moyenne
et 15 en Option Forte.
I
- 3 - EVALUATION
L'évaluation
se conduit de deux manières, en interne pendant les deux
années de préparation et en externe lors de la session
d'examen.
- Evaluation
interne : au cours des deux années, les différents
exercices notés, portant notamment sur les oeuvres du groupe
4, font l'objet d'une note finale communiquée par le
ou les enseignant(s) à l'OBI. Cette note servira à
réajuster les notes obtenues lors de la session d'examen
si celles-ci s'avèrent trop éloignées de la
note du dossier aussi considérée comme "prédiction"
du résultat final. Par ailleurs, un oral obligatoire est
conduit au milieu de la seconde année de préparation.
Ce dernier porte sur les oeuvres du groupe 2. Il est organisé
et noté par l'enseignant de Terminale puis revu par un examinateur
externe, lequel dispose d'un enregistrement audio. L'examinateur
vérifie la conformité de l'oral aux standards prescrits
par l'OBI puis confronte sa propre évaluation à celle
de l'enseignant.
- Evaluation
externe : elle comprend :
1 -
un à deux mémoire(s) portant sur le programme de littérature
mondiale (groupe 1) préparé(s) sous la direction
de l'enseignant.
2 -
une dissertation en temps limité portant sur un choix de
14 sujets. Ces sujets portent sur l'identification de données génériques
et doivent être traités à l'aide des oeuvres étudiées dans le
groupe 3.
3 -
Un commentaire composé en temps limité portant sur un texte
inconnu ou tout du moins hors-programme. Les extraits, au nombre
de deux, ne dépassent pas la quarantaine de lignes.
A titre
d'illustration, je mets à disposition deux tableaux synoptiques
permettant de saisir ensemble les différentes parties du
programme ainsi que leursdestinations respectives. Dans ces tableaux,
j'indique aussi à titre d'exemples les oeuvres étudiées
avec une classe de Première
(Grade 11) et avec une classe
de Terminale (Grade 12).
I
- 4 - CRITERES D'EVALUATION
Les
critères d'évaluation varient d'un type d'exercice
à l'autre et selon le niveau d'élection du candidat.
Il est cependant possible de distinguer de grands traits communs.
L'attention du correcteur se porte sur les points suivants :
a -
Structure
b - Richesse et originalité des idées
c - Pertinence de la tâche accomplie en regard du sujet proposé
d - Richesse des savoirs culturels
e -Qualité de l'expression
II
- Commentaires
Le
Baccalauréat International s'efforce de proposer un compromis
entre des diplômes très spécialisés comme
le baccalauréat français, et les diplômes peu
spécialisés à l'exemple du diplôme lycéen
en vigueur aux Etats-Unis. Les candidats doivent en effet choisir
une discipline dans chaque domaine. Trois au moins et quatre au
plus en option forte, les autres en option moyenne. De cette manière,
les candidats sont forcément exposés aux humanités
et aux sciences. Leur formation de "généralistes"
ne les empêche pas d'aborder certains sujets en profondeur.
L'orientation
proprement dite se fait sur les options fortes. Là encore,
une certaine flexibilité est permise : il n'est pas exclu
de préparer la langue A1 et les sciences expérimentales
au même niveau, ce qui permet un choix légitimement
varié au moment de l'entrée à l'université.
Les critères d'évaluation diffèrent sensiblement
entre option forte et option moyenne, si bien que la même
matière requiert des degrés de performance très
distincts. Dans l'enseignement du français en langue A1 par
exemple, les candidats à l'option forte sont supposés
être dotés d'une culture précise. Leur connaissance
de la terminologie stylistique est systématiquement évaluée.
A l'option moyenne, ces deux critères sont pratiquement absents
de l'évaluation, au profit de capacités à comprendre
la lettre du texte et à emettre une opinion personnelle sur
les sujets abordés par la lecture. De ce point de vue, la
langue A1 est valorisée en tant que patrimoine culturel (notamment
pour l'option forte) ainsi que compétence linguistique. Faisant
face à des situation de plurilinguisme, la philosophie de
la langue A1 consiste à privilégier un lien familial
et historique qu'aurait l'élève en dehors du pays
où il étudie. Sa compétence linguistique est
reconnue et appréciée en tant que telle. La capacité
à produire une réflexion de type littéraire
est évaluée séparément. Dans les deux
cas, c'est le lien endémique entre littérature et
identité culturelle qui est réaffirmé.
La
littérature mondiale est l'occasion d'une réflexion
sur les échanges culturels à travers la littérature.
Le programme du baccalauréat international invite à
des comparaisons dans des domaines divers, qu'ils soient proprement
littéraires (structure, histoire et spécificité
des formes d'une culture à l'autre, thématiques privilégiées)
ou qu'ils tendent à définir des contextes sociaux,
historiques, économiques et politiques différents.
Tout en définissant la notion de littérature en ce
qu'elle recèle de dissemblances et de similarités
d'un bout du monde à l'autre, ce programme permet une initiation
à d'autres pays et à d'autres problématiques
tels qu'ils apparaissent à travers la littérature.
L'oeuvre littéraire en traduction traduit moins un style
qu'une information "locale". Le candidat est donc invité
à présenter un dossier de recherche sur un sujet de
son choix, celui-ci ayant rarement un rapport direct avec l'écriture
et la lecture.
Cette
disposition instrumentale de la littérature peut paraître
inadéquate, et de fait, elle l'est d'un point de vue méthodologique.
Le bénéfice de cette démarche est cependant
tel qu'il nous paraît difficile de déplorer l'approche
peu orthodoxe du programme de littérature mondiale. Par ailleurs,
un cours qui donnerait lieu à une réflexion sur les
réussites et les échecs de la traduction parvient
à rejoindre la rigueur d'analyse stylistique qu'on s'attend
à trouver dans une lecture proprement littéraire.
Les
critères d'évaluation sont tenus volontairement à
distance de toute tradition rhétorique considérée
comme système. La définition d'une structure maîtrisée
par exemple ne s'inspire pas des plans typiquement recommandés
dans les manuels d'écriture français ou américains
ou espagnols. Plus généralement, il est demandé
au correcteur d'évaluer la disposition des idées du
point de vue de sa légibilité. Sera considéré
comme structuré un propos intelligible, hors toute considération
méthodologique. C'est, à terme, une tentative intéressante
pour dissocier culture et approche méthodologique. Si l'approche
méthodologique est le fruit d'une histoire intellectuelle
et plus généralement le produit d'un état d'esprit,
le baccalauréat international représente un effort
pour créer une mentalité qu'on pourrait dire "internationale".
Les candidats préparant français langue A1 aux Etats-Unis
ou en Chine travaillent sur un corpus assez semblable à celui
qu'étudie le bachelier français et cependant, leurs
approches seront sensiblement différentes du fait que les
critères appréciés par le B.I. débordent
largement des cadres de la tradition rhétorique française.
Par
bien des aspects, le programme du baccalauréat international,
jusque dans la langue A1, s'attache à préserver les
identités culturelles tout en s'efforçant de créer
une lingua franca méthodologique et académique.
Ce pari difficile se traduit par des instructions officielles si
flexibles qu'elles sont souvent source de confusion et d'incertitude
parmi les enseignants qui perdent de vue l'esprit fondateur de l'Organisation
du Baccalauréat International (c'est là une observation
que j'ai souvent faite lors de colloques et ateliers de formation
pour enseignants).
Il
est à craindre que ce style "international" finisse
par produire une pensée guère plus engageante que
la tendance architecturale du même nom. Une étude systématique
du type de pensée produit par cette philosophie de l'éducation
serait des plus instructives. Avec le recul de quelques décennies
dont nous bénéficions dès aujourd'hui, il n'est
peut-être de meilleur moment pour l'entreprendre.
Pascal
Saura
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